Exprimer les risques
Chaque chapitre s’ouvre sur ce qui arrive quand le domaine n’est pas couvert.
Pas de score de maturité : des conséquences à ne pas se protéger.
À chaque menace, sa parade gratuite.
Se défendre correctement ne suppose pas d’aligner des licences à six chiffres. Domaine par domaine, ce manuel donne de quoi arbitrer : ce que chacun couvre, ce qu’il réclame en machines et en temps, et par où commencer. Uniquement des solutions de niveau professionnel, au code ouvert et à l’usage gratuit et illimité — éprouvées en production, pas des projets de démonstration.
Chaque chapitre s’ouvre sur ce qui arrive quand le domaine n’est pas couvert.
Pas de score de maturité : des conséquences à ne pas se protéger.
Chaque solution retenue tourne déjà en production dans des organisations : projet vivant, avis de sécurité publiés, montées de version documentées. Quand plusieurs outils couvrent le même besoin, seul le plus mature a été gardé.
Gratuit pour de bon : ni édition communautaire bridée, ni offre qui bascule en payant au troisième serveur. La licence figure sur chaque fiche, et quand il s’agit d’un référentiel plutôt que d’un logiciel, c’est écrit.
Ressources à prévoir, recette d’intégration étape par étape, lien vers la documentation officielle — qui reste la référence en cas de désaccord.
Une attaque se déroule dans un ordre. C’est ce qu’on appelle la chaîne
d’attaque (kill chain), formalisée aujourd’hui par les tactiques du
modèle MITRE ATT&CK — dont les identifiants TA… sont
repris ci-dessous. À chaque étape correspondent des domaines qui la coupent : c’est là
que se mesure l’effet d’un chantier, plutôt que dans un score global.
On cartographie ce qui dépasse : domaines, ports, interfaces oubliées.
On entre par un courriel, une faille publiée ou un accès distant mal fermé.
Le code hostile s’exécute sur un poste ou dans une application.
On s’installe pour survivre au redémarrage : tâche planifiée, compte technique.
On passe de simple utilisateur à administrateur du domaine.
On récolte mots de passe, jetons et clés là où ils traînent.
On explore le réseau de l’intérieur : machines, partages, annuaire, droits.
On rebondit de machine en machine vers ce qui a de la valeur.
Le poste compromis rappelle son opérateur, souvent en HTTPS pour se fondre.
Les données sortent, par petits paquets ou d’un bloc vers un stockage tiers.
On chiffre, on efface, on arrête l’activité — et on réclame.
Tactiques ATT&CK Enterprise. Le développement de ressources, l’évasion des défenses et la collecte n’ont pas de colonne propre : leurs parades sont celles des étapes voisines. Référence : attack.mitre.org
Dans l’ordre où on les traite d’ordinaire : on inventorie, on regarde ce qui dépasse, puis on couvre. La liste s’allonge au fil des mises à jour.
L’autre entrée du manuel. On part du risque tel qu’il se présente, on lit la parade en face, et on suit le lien vers les outils qui la mettent en œuvre.
| Risque | Principe et impact | Protection | Solutions à consulter |
|---|---|---|---|
| Hameçonnage (phishing) |
Un courriel ou un message trompeur pousse l’utilisateur à livrer ses identifiants ou à exécuter une pièce jointe piégée : c’est le premier point d’entrée des attaques. Financier4/5Exploitation3/5Image3/5Légal2/5
|
Filtrage des courriels et sensibilisation Filtrage web et filtrage des courriels Sensibilisation et simulation d’hameçonnage | |
| Usurpation d’identité / vol de compte |
Un attaquant se connecte avec les identifiants d’un utilisateur légitime (mot de passe volé ou rejoué) et accède au SI sous son identité, sans déclencher d’alerte. Financier4/5Exploitation3/5Image3/5Légal3/5
|
Authentification forte (MFA) et SSO Gestion des identités et des accès | |
| Rançongiciel (ransomware) |
Un maliciel chiffre les données et exige une rançon, souvent après avoir exfiltré des fichiers : l’activité s’arrête et la menace de publication s’ajoute à l’extorsion. Financier5/5Exploitation5/5Image4/5Humain2/5Légal3/5
|
Sauvegardes immuables et antivirus/EDR Sauvegarde et résilience Sécurité des terminaux (EDR / antivirus) Continuité d’activité (PCA/DRP) | |
| Mouvement latéral dans le réseau |
À partir d’une machine compromise, l’attaquant rebondit de proche en proche vers les systèmes sensibles, un réseau à plat transformant une intrusion isolée en compromission générale. Financier3/5Exploitation4/5Image2/5
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Segmentation réseau Segmentation réseau | |
| Compromission d’un compte à privilèges |
La prise de contrôle d’un compte administrateur donne un accès étendu au SI : c’est la cible ultime, qui permet de désactiver les défenses et d’atteindre toutes les données. Financier5/5Exploitation5/5Image4/5Légal3/5
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Gestion des accès à privilèges (PAM) Gestion des accès à privilèges (PAM) | |
| Fuite de secrets et d’identifiants |
Des clés d’API, mots de passe ou certificats laissés en clair (code, configuration, messagerie) sont récupérés et réutilisés pour accéder à l’infrastructure. Financier4/5Exploitation4/5Image3/5Légal3/5
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Coffre-fort de secrets Secrets et mots de passe | |
| Exploitation d’une vulnérabilité connue |
Une faille publiée (CVE) et corrigeable depuis des mois reste ouverte faute de suivi : l’attaquant l’exploite avant que le correctif ne soit appliqué. Financier4/5Exploitation4/5Image3/5Légal2/5
|
Gestion des vulnérabilités Vulnérabilités | |
| Faille applicative (injection, XSS) |
Un défaut dans le code de l’application (injection SQL, XSS, logique) permet de détourner son fonctionnement, de voler des données ou de prendre la main. Financier3/5Exploitation3/5Image3/5Légal3/5
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Sécurité applicative (SAST/DAST/SCA) Sécurité applicative (AppSec) | |
| Maliciel sur un poste de travail |
Un code malveillant s’exécute sur un terminal (pièce jointe, téléchargement) et sert de tête de pont pour la persistance et la propagation. Financier3/5Exploitation4/5Image2/5Humain1/5
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Antivirus / EDR sur les terminaux Sécurité des terminaux (EDR / antivirus) | |
| Intrusion et exfiltration réseau |
Une fois dans le réseau, l’attaquant collecte et fait sortir des données par des canaux discrets, sans inspection du trafic pour le repérer. Financier4/5Exploitation3/5Image4/5Légal4/5
|
Détection d’intrusion (IDS/IPS) Sécurité réseau et détection d’intrusion | |
| Actifs exposés / shadow IT |
Des serveurs, services ou sous-domaines oubliés restent accessibles depuis Internet, hors de tout suivi : autant de portes d’entrée découvertes par l’attaquant. Financier3/5Exploitation4/5Image2/5Légal2/5
|
Maîtrise de la surface d’attaque et inventaire Connaissance de la surface d’attaque Inventaire et CMDB | |
| Accès distant non maîtrisé (télétravail, partenaires) |
Des accès distants trop ouverts ou jamais révoqués (postes nomades, prestataires) offrent un point d’entrée permanent vers le SI depuis l’extérieur. Financier3/5Exploitation4/5Image2/5Légal2/5
|
VPN et accès distant chiffré VPN et accès distant | |
| Interception réseau / usurpation TLS |
Sur des flux non chiffrés ou mal certifiés, l’attaquant écoute ou altère les échanges (attaque de l’intercepteur) pour voler des identifiants ou injecter du contenu. Financier3/5Exploitation3/5Image3/5Légal3/5
|
Chiffrement des flux et PKI Chiffrement et PKI | |
| Vol de données au repos (perte d’un poste) |
La perte ou le vol d’un ordinateur ou d’un support non chiffré donne un accès direct aux données qu’il contient, sans aucune barrière. Financier3/5Image3/5Humain2/5Légal4/5
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Chiffrement des disques et des fichiers Chiffrement et PKI | |
| Détection tardive d’un incident |
Sans collecte ni corrélation des journaux, l’attaquant reste présent des semaines : l’incident est découvert trop tard, souvent par un tiers. Financier4/5Exploitation4/5Image3/5Légal2/5
|
Supervision et SIEM Supervision, journalisation et SIEM | |
| Comptes de service sur-privilégiés ou oubliés |
Des comptes techniques non nominatifs, sur-dotés en droits et aux mots de passe immuables, servent de moyen de persistance et de rebond difficile à imputer. Financier3/5Exploitation4/5Légal2/5
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Inventaire et maîtrise des comptes non nominatifs Comptes de service et comptes génériques | |
| Navigation vers des sites malveillants (C2) |
Depuis le réseau interne, des connexions vers des sites piégés ou des serveurs de commande-et-contrôle permettent le téléchargement de maliciels et le pilotage à distance. Financier3/5Exploitation3/5Image2/5
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Filtrage web (proxy et filtrage DNS) Filtrage web et filtrage des courriels | |
| Configuration par défaut et dérive |
Des systèmes laissés en configuration d’usine (services inutiles, comptes par défaut) élargissent la surface d’attaque et échouent aux audits de conformité. Financier2/5Exploitation3/5Légal3/5
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Durcissement et conformité Durcissement et conformité | |
| Non-conformité réglementaire (NIS 2, RGPD) |
Sans cartographie des risques ni suivi des mesures, l’organisation ignore où elle en est et ne peut rien prouver : sanctions, perte de marchés et audits à répétition, alors que les efforts de sécurité restent mal priorisés. Financier4/5Exploitation1/5Image3/5Légal5/5
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Gouvernance, risque et conformité (GRC) Gouvernance, risque et conformité (GRC) | |
| Sinistre majeur / arrêt d’activité |
Une panne, un incendie ou une cyberattaque rend indisponibles des services essentiels ; sans plan de reprise éprouvé, l’arrêt se prolonge et menace l’organisation. Financier5/5Exploitation5/5Image3/5Humain2/5Légal2/5
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Plan de continuité et de reprise (PCA/DRP) Continuité d’activité (PCA/DRP) | |
| Incident mal maîtrisé et non capitalisé |
Une réponse désorganisée, sans collecte de preuves ni suivi, aggrave l’impact de l’incident et laisse la porte ouverte à une récidive par le même chemin. Financier3/5Exploitation3/5Image4/5Légal3/5
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Réponse à incident et renseignement (DFIR/CTI) Réponse à incident et renseignement sur les menaces |
Onze mesures pour savoir où l’on en est, plutôt qu’un score de maturité qui ne dit rien à personne. Les cibles sont des ordres de grandeur défendables, pas des normes : à ajuster selon la taille et le secteur.
| Indicateur | Ce qu’il mesure | Cible | Outils pour l’améliorer |
|---|---|---|---|
| Taux d’actifs inventoriés Inventaire et CMDB | Part des serveurs, postes et services connus et rattachés à un responsable. | > 95 % | |
| Délai moyen de correction (MTTR) Vulnérabilités | Temps entre la publication d’une faille critique et son correctif déployé. | < 15 jours | |
| Couverture MFA et SSO Gestion des identités et des accès | Part des comptes avec second facteur et des applications derrière le SSO. | 100 % des comptes internes | |
| Accès administrateurs tracés Gestion des accès à privilèges (PAM) | Part des sessions à privilèges passant par la passerelle et enregistrées. | 100 %, prestataires compris | |
| Secrets en clair restants Secrets et mots de passe | Nombre de secrets encore présents dans les dépôts, configurations et messageries. | zéro, historique Git compris | |
| Temps moyen de détection (MTTD) Supervision, journalisation et SIEM | Délai entre la compromission et la première alerte qualifiée. | < 24 h | |
| Restaurations réellement testées Sauvegarde et résilience | Part des sauvegardes vérifiées par une restauration complète sur le trimestre. | 100 % des systèmes critiques | |
| Indice de durcissement Durcissement et conformité | Score de conformité des systèmes à un référentiel reconnu (CIS, ANSSI). | > 80 % sur le parc serveur | |
| Taux de signalement d’hameçonnage Sensibilisation et simulation d’hameçonnage | Part des courriels suspects signalés, rapportée à la part de clics. | signalements > clics | |
| Flux chiffrés et certificats valides Chiffrement et PKI | Part des services exposés en TLS valide, et certificats expirant dans 30 jours. | 100 %, zéro expiration subie | |
| Flux inter-zones filtrés Segmentation réseau | Part des communications entre zones passant par une règle explicite et documentée. | > 90 % |
Chaque fiche outil porte en plus son propre indicateur, plus fin, dans son encadré « KPI impacté ».